Devost
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Jean Devost

Sculpteur et Peintre Canadien

vit depuis 1995 en Suisse

Les études et les plus importantes expositions:

Texte: La SCULPTURE et LA PEINTURE, pour le DIRE !!!  

 

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Voyage au bout de vie

Si la présentation du corps est interdit par certaines religions, c'est que l'image est tentative d'approbation, qu'une part de l'âme est dans la forme, et que Dieu lui-même se livrerait comme dans un miroir. A l'heure de la caméra-mitrailleuse, alors que chacun a le doigt sur la gâchette de son appareil photo, à l'heure de la télé-catastrophe qui, à force de bombarder le téléspectateur sans relâche, favorise la banalisation des drames de la planète, il est paradoxal de souligner cette vérité.

Or, heureusement à l'occasion, quelques artistes nous le rappellent. Et Jean Devost est un de ceux-là. Un de ceux qui, justement, s'attachent non pas à nous montrer les images stéréotypées d'une condition humaine figée, mais cherchant plutôt à faire comprendre de l'intérieur de cette réalité.

Voyage au bout de la vie.

Manière d'annoncer nettement le propos des dix dernières années d'une création qui tente d'insuffler dans l'art quelques réflexions morales à propos de ces déchirantes questions: Comment parler de l'humain face à la sauvagerie et la barbarie de certains régimes politiques ne reculant devant aucune bassesse pour imposer leur suprématie,- pensons ici au Rwanda, au Sierra Leone ou encore à la Tchétchène - et comment le représenter?

    

L'esthétique contemporaine nous a habitués à la vie autonome des formes, à l'abstraction libérée du contexte figuratif et ... a tant éloigné l'art de homme que l'on recule un peu devant la charge émotive lancinante de ces oeuvres qui paraissent descendues tout droit de quelque jugement dernier.

En effet, Jean Devost fait preuve d'une adresse technique peu commune. Ses oeuvres tiennent à la fois de la peinture, du dessin, de la sculpture, ou encore de l'assemblage de matériaux trouvés. Cette grande spontanéité d'expression exempte de toute contrainte, très libre, vient appuyer un discours visionnaire, tantôt l'idée d'une existence humaine quasi métaphysique. L'itinérance, l'errance des peuples apatrides, pourchassés, rejetés et abandonnés, le génocide, l'horreur des guerres, le désarroi et la douleur, la mort; voici les thématiques qu'il aborde avec tout le lot de contradictions et de paradoxes que cela suppose.

       

Aussi l'artiste attire donc immédiatement l'attention sur l'impact émotionnel de ses oeuvres qui possèdent déjà une portée à la fois esthétique et morale. L'idée de briser l'isolement des êtres, volonté de dénoncer l'impuissance des institutions politiques et religieuses à changer les choses, enfin l'espoir de forcer la prise de conscience à propos des violations des droits de l'homme, tout cela s'accroche à une quête de liberté qui se manifeste avant tout par la recherche d'authenticité de l'expression.

Éclaboussures, essuyages, sablages, grattages confèrent à ses oeuvres peintes une facture brute ou l'irréalisme des couleurs et des formes n'atteint que plus la réalité. Sur des panneaux de bois de grande dimension qui amalgament encres, acrylique et fusain, la condition humaine se dévoile sous un jour très sombre. Souvent des figurines de céramique ( Raku ) superposées au support se révèlent dans la tourmente exaltée du dessin rehaussé par des éclats rougeâtres. Tout dans l' oeuvre de Devost invite à la prise de conscience, à la condamnation, à l'urgence d'agir.

 

Devost est aussi sculpteur. L'installation "Les Marcheurs", réunit en un long cortège des personnages épuisés après la marche vers l'exil, captifs d'un destin tragique révélé ici dans cette inertie physique de la céramique qui a comme solidifier à tout jamais les hommes dont la vie s'est interrompue dans un processus de destruction lente; ce sont des corps difformes cherchant à déchirer l'enveloppe de la matérialité pour se construire de l'intérieur en luttant contre le désespoir.

N'y a-t-il pas quelque chose d'inexorable dans ces personnages au regard levé vers le ciel et dans leur réunion dans une salle blanche, propre et hygiénique comme un hall d'hôpital? Les déformations expressives des êtres, le choix du fragile, du dépouillé, tout cela contribue à faire de cette oeuvre-installation bouleversante une leçon ultime à la mesure du vide et du désarroi du monde actuel.

Michel Bois Octobre 2000